Margot : D’ailleurs j’ai une question par rapport à ça. J’ai déjà la réponse parce qu’on en a déjà discuté mais je pense que ça peut être intéressant. BNC (bénéfices non commerciaux) et TS (traitements et salaires), c’est un choix à faire au moment de payer les impôts mais il y en a un qui permet de faire plus de choses que l’autre. Qu’en est-il ?
Jade : Je vais commencer par le TS vu que c’est le plus simple et qui comprend le moins d’activités.
Le traitement et salaire, c’est le système de base. Vous n’avez pas beaucoup de déclarations à faire. Il y a une retenue de 10% pour vos frais. Le traitement et salaire est possible uniquement pour vos revenus issus des EPO (Editeurs, Producteurs et Organismes de gestion collective). Dès que vous êtes payé en droits d’auteur par ces personnes-là, c’est possible de déclarer vos revenus en traitement et salaire.
Margot : Par exemple, je suis autrice, je touche des droits d’auteur et à côté de ça je fais des conférences, des ateliers d’écriture rémunérés, plein de choses qui sont autour de mon activité d’autrice, que me conseilles-tu de prendre ?
Jade : Ça dépend. Dans ta situation, tu écris un livre, tu es payée par ton éditeur, tu pourras le déclarer en traitement et salaire. Par contre tout ce qui ne sera pas payé directement par ton éditeur, ça ce sera obligatoirement à déclarer en BNC.
Souvent, les auteurs paniquent quand ils commencent à déclarer en BNC : l’URSSAF a tendance à envoyer un message « vous êtes en BNC maintenant ». Alors non, vous pouvez toujours avoir les deux. C’est possible de continuer de déclarer en TS vos revenus issus d’un éditeur et de déclarer tout le reste en BNC.
Après, moi je suis juriste, je n’ai pas eu à faire les formalités directement, mais des auteurs qui le font me disent souvent que c’est quand même plus simple au final de se mettre directement en BNC pour tout, parce qu’au moins ça évite de gérer deux systèmes différents et permet d’avoir une continuité des revenus.
BNC, c’est les bénéfices non commerciaux. On peut déclarer en BNC tous les revenus artistiques, que ce soit ce qui est versé directement par l’éditeur ou tout autre organisme comme des collectivités territoriales, une association, un salon si vous faites des dédicaces ou autre, ça va être payé en BNC.
Ah oui, ça il faut quand même le préciser, il y a une différence entre le BNC « normal » de déclaration contrôlée et le micro BNC qui est la déclaration simplifiée.
Si vous êtes en déclaration simplifiée, il ne va pas y avoir énormément de documents comptables à fournir, ça va être assez simple, et il y a cet abattement forfaitaire de 34% pour vos frais professionnels si vous touchez moins de 75000€ environ de droits d’auteur par an.
Si vous êtes en dessous de ce chiffre, vous pouvez bénéficier du régime simplifié appelé micro BNC. Par contre, si vous dépassez ce chiffre, vous passez en BNC normal avec la déclaration contrôlée et là ça va être un peu plus lourd au niveau de la comptabilité, il faut tenir un livre journal, ce genre de choses et fournir beaucoup plus de documents comptables. Il n’y aura plus l’abattement forfaitaire des 34% car vous passez en régime réel.
Pour certains auteurs, c’est là où fiscalement ça peut être un peu plus intéressant, une fois qu’ils ont dépassé ces 75000€ de retourner au traitement et salaire pour leurs revenus issus des éditeurs parce qu’il y a cet abattement de 10%.
Margot : Donc en fait, c’est plus facile d’être que sur l’un ou que sur l’autre, mais financièrement parlant, à partir d’un certain montant, vaut mieux être sur les deux.
Jade : C’est ça, mais généralement à partir d’un certain montant, même si on n’est pas à 75000€, c’est quand même plus simple d’avoir un comptable qui gérera ce genre de choses pour vous.
Margot : Je fais de la compta et du droit donc pour moi c’est clair, mais je pense qu’il y a plein de gens pour qui on est en train de parler chinois. Si vous avez encore des questions après l’épisode, n’hésitez pas à contacter la Ligue.
Jade : Pour les cas personnels aussi parce que là je fais un tour d’horizon général, mais au final, chaque cas est personnel.
D’ailleurs pour choisir le plus avantageux entre le TS et le BNC, au-delà du côté praticité, il existe des simulateurs dans lesquels vous pouvez mettre vos revenus soit en TS soit en BNC, calculer combien ça va vous faire d’impôts ou cotisation ou autre, et choisir en fonction.
Parce que c’est vrai que si par exemple vous avez pratiquement tout qui est issu d’un éditeur et une fois par an une intervention scolaire, peut-être que ça sera plus intéressant de garder le TS et juste BNC pour cette petite activité. Ou au contraire, si vous avez beaucoup d’activités annexes à l’édition de passer par le BNC uniquement.
Ces simulateurs, vous pouvez les retrouver en ligne. Sur le site de la ligue il y a un guide fiscalité écrit par Manu, conseiller syndical, qui s’y connaît plutôt bien dans ce régime. Au tout début du guide, il y a plein de liens vers des simulateurs pour vous aider à choisir quel régime fiscal vous correspond le plus.
Qu’est-ce que l’abattement forfaitaire ?
Margot : Par rapport à ça, peux-tu repréciser ce que signifient les 34% d’abattement des frais professionnels ?
Jade : C’est par rapport aux impôts. Pour les calculer, on part de votre chiffre d’affaires annuel issu de vos revenus et cotisations, et on enlève 34%. Vos impôts sont donc calculés sur 66% du montant total de votre chiffre d’affaires. En TS, ce sera sur 90 % de votre chiffre d’affaires puisque l’abattement est de 10%.
Ces 34% qu’on vous enlève, c’est considéré comme l’argent potentiel que vous avez dépensé pour vos frais professionnels : les transports, le matériel, ou autre.
Après, c’est un abattement qui est forfaitaire, fait à la louche. Si vous pensez que vos frais professionnels sont supérieurs à ces 34% de votre chiffre d’affaires, vous pouvez très bien basculer en frais réels.
Par exemple, ça peut être intéressant pour les auteurs qui sont artistes, peintres ou illustrateurs ou autre, qui, pour certains, le matériel peut coûter très cher.
Dans ce cas-là, ça peut être intéressant de basculer en frais réels quand vous faites votre déclaration aux impôts. Il n’y aura plus cet abattement forfaitaire de 34%, mais par contre, comptablement, ça va être un peu plus lourd parce qu’il faudra fournir les factures de tout ce que vous considérez comme frais professionnels. Cette fois on va calculer au juste prix ce que vous avez dépensé.
Après pour des auteurs de l’écrit, c’est pas forcément avantageux parce que généralement, à part un ordinateur ou peut-être des livres pour vos recherches ou de la documentation, il y a très peu de frais professionnels donc les 34% forfaitaires se justifient.
Margot : Et puis si la maison d’édition paye tout ce qui est frais de déplacement, frais d’hébergement, vaut mieux garder les 34 %.
Jade : Oui, normalement vous ne dépassez pas trop, ça va plutôt être les artistes visuels qui ont besoin d’énormément de matériel pour travailler.
Le numéro de SIRET
Margot : Ok d’accord. Je reviens un peu en arrière, par rapport à l’URSSAF, on avait rapidement parlé de créer un numéro de SIRET. Est-ce qu’on peut en parler un peu plus pour déblayer le sujet et faire une précision, parce qu’il y a des auteurs qui me suivent qui sont hybrides, donc qui sont aussi auto-édités et qui parfois sont auto-entrepreneurs et donc ont déjà un numéro de SIRET. Comment ça se passe pour ceux qui n’en ont pas ? Et que doivent faire ceux qui en ont déjà un ?
Jade : Le numéro de SIRET, c’est le numéro qui va vous identifier en tant que professionnel et qui est nécessaire pour faire des factures. Quand vous êtes payé par la maison d’édition, généralement, vous n’avez pas besoin d’envoyer de facture mais pour tout autre activité, on va vous en demander une et donc d’avoir un numéro de SIRET.
Dans l’écosystème des auteurs, souvent, on va vous parler de notes de droits d’auteur qui sont des factures sans numéro de SIRET et ils disent que ça passe… Bof. Légalement, c’est pas terrible d’avoir une facture sans numéro de SIRET parce que ce n’est pas légal. Si vous êtes contrôlé, ça peut vous valoir une amende de 80 euros il me semble. Et surtout, le risque si vous faites une facture sans numéro de SIRET, c’est que la personne en face refuse de vous payer.
Nous, c’est un peu ce qu’on a déjà eu à la Ligue, des auteurs pour qui le comptable en face disait que la facture n’était pas valide et refusait de payer. Donc il vaut mieux avoir son numéro SIRET, c’est un numéro qui est gratuit, il n’y a pas de formalités spécifiques payantes. Il se demande auprès du CFE, Centre de Formalités des Entreprises. C’est un numéro qui est unique à un auteur et vous aurez le même quel que soit votre activité tout au long de votre vie.
Pour les auteurs qui vont avoir plusieurs activités, ce sera le même numéro de SIRET. Même si, par exemple, vous avez une activité d’artiste-auteur et à côté vous êtes maraîcher en auto-entrepreneur, ce sera quand même le même numéro de SIRET.
Margot : Je me pose une question. Si par exemple, moi, je suis auto-entrepreneur dans quelque chose qui m’intéresse beaucoup, je paye mes cotisations sociales en auto-entrepreneuriat sur tout ce que je gagne, donc techniquement, si je fais une facture avec mon numéro de SIRET, je peux quand même faire en sorte que l’argent ne soit pas compté dans mon auto-entreprise parce que c’est deux activités différentes, on est d’accord ?
Jade : Oui, parce que vous n’allez pas le déclarer au même endroit. Quand vous allez faire les déclarations, quel que soit votre activité vous aurez le même numéro de SIRET, mais si tu es payée en droits d’auteur ou en revenus artistiques, tu vas faire des déclarations sous le statut artiste-auteur auprès de l’URSSAF Limousin. Donc non, ça ne sera pas relié à l’activité autre que tu peux avoir, qui ne va d’ailleurs pas forcément avoir les mêmes taux.
Après, si la demande de numéro de SIRET a été faite bien avant pour une activité complètement différente, on ne vous donnera pas un nouveau numéro pour une autre activité, par contre, il faut bien veiller à faire rentrer l’activité d’artiste-auteur dans la définition de votre numéro de SIRET.
Souvent on donne un numéro de SIRET sur le champ d’activité que vous demandez au moment de la création. Il faudra donc aller voir soit le CFE directement soit l’organisme vers qui vous aviez fait les démarches à l’époque, pour justement changer la nature de l’activité pour laquelle vous avez déclaré votre numéro de SIRET afin d’inclure l’activité d’artiste-auteur.
Le compte bancaire dédié
Margot : D’ailleurs, par rapport à tout ça, est-ce que tu conseillerais à un auteur d’avoir un compte bancaire séparé pour recevoir les revenus, surtout quand tu es un auteur avec beaucoup d’activité en termes de salons, de conférences… Par exemple, moi en auto-entreprenariat, on me conseille d’avoir des comptes bancaires séparés.
Jade : Oui, ça peut être intéressant pour gérer son budget d’avoir un compte avec les prélèvements professionnels et un compte privé où on se retire un salaire tous les mois, pour mettre de côté et avoir vraiment quelque chose juste pour l’entreprise.
C’est possible, c’est vraiment au cas par cas, et surtout, en fonction du montant que vous touchez. Plus vous allez avoir de revenus, plus ça peut être intéressant d’avoir des comptes séparés pour les gérer et que tout ne soit pas prélevé au même endroit.
Margot : Ok. Bon ça c’était vraiment les questions fiscales, je sais que ce n’est pas agréable à écouter, mais en même temps vous en avez besoin.
Jade : Je vais même faire une précision supplémentaire pour ajouter encore une couche sur ce qui était déjà pas assez compliqué.
L’appel à cotisation prévisionnel
Quand on demande un numéro de SIRET ou qu’on passe en BNC, et ça c’est notamment pour les jeunes auteurs qui font la déclaration pour la première fois, il faut faire attention, l’URSSAF ne prévient pas, mais en gros, vos cotisations et tout ce que vous allez payer, c’est basé sur vos revenus de l’année précédente.
Par exemple en 2022, vous allez payer des cotisations qui sont basées sur vos revenus de 2021. La spécificité des auteurs c’est que chaque année vous allez toucher des montants différents, il y a pas de continuité. Vous pouvez avoir une année où vous allez toucher énormément puis une année un peu plus faible.
Le problème, c’est que l’URSSAF, quand on s’inscrit pour la première fois, fait une prévision forfaitaire sur ce que potentiellement vous allez toucher alors que vous n’avez pas encore déclaré de revenus parce qu’ils prévoient que c’est généralement ce qu’un auteur va toucher la première année.
Ils vous font un appel à cotisation que vous pensez devoir payer. Après ce n’est pas de l’argent perdu, si plus tard vous touchez moins de revenus que cet appel à cotisation prévisionnel, vous serez remboursé.
Mais si vous ne voulez pas avoir à payer directement quand vous vous inscrivez, parce que c’est souvent une somme importante et qui peut surprendre, vous pouvez faire une modulation en contactant les agents de l’URSSAF directement pour mettre votre chiffre d’affaires à zéro. Ils ne peuvent pas faire de prévision sur zéro donc vous allez pouvoir au fur et à mesure avoir vos revenus qui rentrent et à la fin de l’année vos cotisations seront calculées par rapport à ce que vous avez vraiment touché.
C’est vraiment quelque chose d’important, quand vous vous inscrivez auprès de l’URSSAF, que vous demandez un numéro de SIRET et que vous commencez à être identifié en tant qu’auteur en BNC, de bien voir ces modulations pour ne pas être surpris avec des cotisations que vous pensez ne pas devoir payer.
C’est pas de l’argent perdu, si vous n’avez pas de revenus aussi haut que la prévision, ça sera remboursé mais c’est quand même de l’argent qui sera potentiellement remboursé un an plus tard donc il faut bien faire ces modulations si vous en ressentez le besoin.
Quand se déclarer ?
Margot : D’ailleurs, peut-être que je vais parler pour d’autres personnes qui sont dans mon cas, là, par exemple on est en fin 2022. Si je me déclare maintenant, je dois payer des cotisations par rapport à mes revenus de 2021 mais techniquement mon roman ne sort qu’en 2023 donc je ne touche des droits d’auteur qu’en 2024. Est-ce qu’il faut pas mieux attendre d’être en 2023 pour faire les démarches ?
Jade : En fait, il faut au moins que ce soit concomitant à ce que votre éditeur déclare. Si eux ils ont fait les démarches pour payer vos cotisations en 2023 et que vous, vous déclarez finalement qu’en 2024, il peut y avoir un petit contretemps donc vaut mieux le faire. Après, si vous attendez un peu, effectivement pour rentrer dans la bonne année, c’est pas non plus dérangeant.
Margot : Oui, par exemple, là on est en décembre, je vais peut-être attendre janvier.
Jade : Oui, ce n’est pas très important. Après, en cas de doute, le mieux, c’est d’appeler l’URSSAF directement. Au moins, eux, ils vous donnent une réponse définitive qui va les engager et sur laquelle vous pouvez vous baser, c’est plus simple.
L’IRCEC
Margot : On va passer sur un sujet tout aussi marrant… L’IRCEC, l’organisme de retraite complémentaire des auteurs.
Jade : Vous allez avoir via l’URSSAF les cotisations que vous payez pour votre retraite de base mais il faut savoir que les auteurs sont aussi soumis à une retraite complémentaire obligatoire gérée par l’IRCEC.
Chaque année ça change un peu mais il me semble que c’est à partir de 8000 euros de droits d’auteur déclarés par an que vous allez potentiellement recevoir des appels à cotisations de l’IRCEC pour une retraite complémentaire.
Je préfère en parler tout de suite, le système de gestion de l’IRCEC n’est pas terrible et ça arrive énormément que des auteurs n’aient jamais entendu parler de l’IRCEC de leur vie, n’ont jamais fait de déclaration auprès d’eux et reçoivent des actes d’huissiers avec des majorations de retard pour des cotisations sur des années…
On rajoute encore un site à aller voir mais c’est vrai qu’il vaut mieux au tout début de sa carrière faire un tour sur le site de l’IRCEC, voir comment ça se passe, et dès que vous commencez à toucher des droits d’auteur, vous vous créez un compte sur l’IRCEC, comme ça au moins ils auront les informations justes, parce qu’ils se basent sur les informations qu’ils pensent connaître mais considèrent que c’est à l’auteur de faire les démarches pour se faire connaître. Donc s’ils ont votre mauvaise adresse, votre mauvais mail ou autre, ils vont considérer que c’est de votre faute. Donc il vaut mieux aller voir, bien s’identifier, et comme ça, quand vous allez recevoir les appels à cotisation, ce sera vraiment chez vous.
Aussi, si vous êtes dans une année où vous pensez que financièrement ça peut être un peu compliqué, c’est possible de demander à cotiser un taux inférieur qui est de 4% il me semble au lieu de 8%. La demande doit être faite avant novembre. Là, c’est un peu tard (podcast enregistré en décembre 2022), mais pour les années suivantes, vous saurez que vous pouvez demander à cotiser à taux réduit.
La SOFIA
Margot : Juste une chose, on va peut-être parler de la SOFIA. Moi c’est un truc dont je n’avais jamais entendu parler, c’est une amie autrice qui m’en a parlé la première fois en disant « inscris-toi à la SOFIA ». Qu’est-ce que c’est et en quoi ça peut être utile par rapport à tout ce qu’on a parlé précédemment ?
Jade : La SOFIA, c’est l’organisme de gestion collective du livre. C’est une société qui va centraliser des revenus que les éditeurs ne peuvent pas toucher directement.
Généralement les gens connaissent plus l’équivalent musique, la SACEM, ou alors dans l’audiovisuel, la SACD.
La SOFIA va gérer par exemple le prêt en bibliothèque. Quand votre livre est acheté par des bibliothèques publiques, c’est trop compliqué pour un éditeur de suivre le nombre de lecteurs qui vont emprunter le livre à la bibliothèque pour redonner ensuite la part juste à l’éditeur donc c’est plutôt une somme forfaitaire qui est versée pour tous les livres achetés par des bibliothèques. Cet argent est centralisé à la SOFIA puis réparti entre l’éditeur et l’auteur. Ce sont des revenus qui sont obligatoires.
C’est préférable de s’inscrire à la SOFIA parce que ça veut dire qu’ils vont vous verser directement cet argent qu’ils vous doivent. Après, il ne faut pas paniquer, si vous n’êtes pas inscrit à la SOFIA, c’est quand même de l’argent qui vous reviendra. Ce n’est pas parce que vous n’êtes pas inscrit que vous n’allez pas toucher, par contre ça va transiter par votre éditeur donc potentiellement vous allez recevoir cet argent en même temps que les redditions de compte donc beaucoup plus tard.
Vous ne passez pas à la trappe mais c’est peut-être plus simple de s’identifier directement auprès de la SOFIA. Il me semble que vous pouvez aussi toucher d’autres revenus que la SOFIA va négocier, qui ne sont pas ces revenus obligatoires prévus dans la loi.
Par exemple le prêt en bibliothèque ou tout ce qui va être copies privées, pour essayer d’atténuer les pertes que les auteurs peuvent subir si par exemple votre livre est scanné ou prêté, les imprimantes, les clés USB, tout ce qui va permettre de copier votre œuvre, il va y avoir une petite taxe sur ces objets-là qui vont ensuite être centralisés par un autre organisme, le CFC le Centre Français de la Copie privée, qui lui va gérer et reverser aux auteurs ce petit pourcentage.
Encore une fois, pas besoin de s’inscrire directement, c’est quelque chose qui vous est dû. Après c’est plus simple de s’inscrire et au moins de bénéficier d’autres choses.
La SOFIA, je sais qu’elle peut faire de l’aide à la création, elle peut faire plein de choses et notamment la SOFIA paye 50 % des cotisations de l’IRCEC : si vous êtes auteur du livre et que la moitié de vos revenus artistiques provient du livre et de l’édition d’un livre, la SOFIA prend en charge ces 50% mais encore une fois, vous n’avez pas obligatoirement à être inscrit. C’est plus simple, ils vous identifient mieux, mais même si vous n’êtes pas inscrit à la SOFIA, ils le feront.
C’est quand même plus simple d’aller voir et de s’inscrire au moins on suit directement mais il y a d’autres organismes de gestion collective, parce que pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? La SOFIA ça va être pour le livre général.
On peut avoir l’ADAGP ou la SAIF pour les auteurs visuels mais aussi la BD : si vous êtes scénariste de BD, vous avez certains revenus qui peuvent être centralisés plutôt au niveau de l’ADAGP qu’au niveau de la SOFIA.
Margot : Je pense que cet épisode va donner un mal de tête aux auditeurs.
Jade : Oui, c’est pour ça que quand tu m’as contactée j’ai dit que c’était super mais que ça allait être éprouvant !
Margot : C’est éprouvant, mais au moins, c’est dit quelque part.
Jade : Et en plus à suivre, c’est compliqué. Je vais à l’essentiel mais tout le monde va avoir des questions encore plus précises sur des points encore plus techniques.
Margot : Je t’ai trouvé de nouveaux clients, désolée.
Jade fait son mieux pour vous expliquer la généralité de tout le problème juridique qui se pose autour de la fiscalité, des droits des contrats pour les auteurs, si vous avez des questions, relisez plusieurs fois cet épisode, notez vos questions, et vous inquiétez pas à la Ligue ils sont très gentils et font de leur mieux pour répondre assez rapidement. C’est une petite équipe, donc si vous commencez à être des centaines à leur envoyer un mail ils vont mettre un petit peu plus de temps.
Les autres red flags d’un contrat d’édition
J’avais une question des auditeurs sur les Red Flag d’un contrat mais en fait on en a déjà parlé, à moins que tu aies d’autres Red Flag en tête qu’on n’a pas évoqué tout à l’heure ?
Jade : Vraiment, chaque contrat est différent donc il y en aura à chaque fois mais je trouve que les red flags les plus importants, ça va être plutôt au niveau du comportement de l’éditeur ou de l’éditrice. Comme je disais avant, si pour eux c’est pas possible négocier, bon ça c’est pas terrible. S’ils ne vous expliquent pas les choses, si le contrat est un peu horrible à lire et pas expliqué, c’est pas terrible non plus.
Après, au niveau des clauses il y a les taux vraiment hyper bas, et les clauses de levée d’option. Ça, ça apparaît de plus en plus, c’est pas terrible, on essaye de les faire enlever. C’est une clause pendant laquelle l’auteur va rédiger son œuvre, la transmettre à l’éditeur et ce dernier se garde la possibilité de finalement pas publier : et puisqu’on a versé un avaloir à l’auteur, cet argent justifie le fait qu’il n’exploite pas avec quelqu’un d’autre. Parce que souvent il y a la petite clause qui dit que si vous proposez votre œuvre à une autre maison d’édition, il faut rembourser l’avaloir qu’on vous a donné au début.
C’est pas terrible mais malheureusement, ça se généralise dans certains contrats.
Trois conseils pour un auteur perdu juridiquement parlant
Margot : J’arrive sur ma dernière question : Si tu devais donner trois conseils à un auteur qui va être publié, qui est perdu juridiquement parlant et qui vient d’avoir le méga coup de stress de sa vie en écoutant cet épisode de podcast, qu’est-ce que ce serait ?
Premier conseil : Ne pas s’isoler
Jade : Ne pas rester seul face à son contrat. Que ce soit en se tournant vers un syndicat, vers des associations ou si vous avez un avocat directement ou même des groupes d’auteurs, parlez-en. Essayez de vous faire expliquer le contrat.
Aussi, ça peut être super important parce que souvent on n’a pas conscience des chiffres, les paliers, ce genre de choses, c’est souvent quelque chose qu’on va voir avec la pratique, les bons taux par rapport à ce qui se fait avec d’autres auteurs. Discuter avec d’autres auteurs va permettre de voir ce qui est fait ailleurs et qu’est-ce que vous, vous voulez.
Vraiment, ne vous isolez pas. C’est souvent ce qui arrive malheureusement, parce qu’être auteur est une profession assez solitaire, on va avoir des auteurs qui n’ont pas discuté avec d’autres qui vont potentiellement vite paniquer.
Deuxième conseil : Lire son contrat
Ça paraît tout bête mais j’ai tellement eu le cas d’auteurs qui n’ont pas lu leur contrat parce qu’ils pensaient ne pas comprendre, que ça ne servirait à rien parce qu’ils ne comprendraient pas… En fait si. Bon, pas forcément du premier coup, mais vous allez comprendre.
Bien le lire, l’annoter, demander des explications, faire des recherches, demander aussi plus d’infos à votre maison d’édition pour bien comprendre et savoir ce qui vous attend.
Troisième conseil : N’hésitez pas à négocier
J’ai beaucoup le cas d’auteurs qui débutent et qui se disent « je suis pas en position de négocier, je sais pas faire, j’ai peur, si je négocie ils vont se dire que je suis un auteur à problème donc ils vont pas me reprendre,… » C’est pas vrai. Vraiment vous pouvez négocier.
Après, forcément, vous n’obtiendrez pas tout ce que vous voulez, mais au moins d’essayer ou même si c’est trop impressionnant de négocier dès la première fois, au moins d’être dans la posture de demander plus d’informations à votre maison d’édition, de ne pas être un auteur où on va lui mettre le contrat sous le nez et il va directement signer.
En tant qu’auteur, ça vous mets dans une position où on peut lui donner n’importe quoi à signer et il va le signer. Donc prenez vraiment le temps de le lire, de poser des questions, de réfléchir, et si ça vous convient pas, de le négocier et de ne pas accepter tout et des fois un peu n’importe quoi. Parce que si vous le faites à contrecœur, ça se passera forcément pas très bien par la suite.
Ce sont les trois éléments essentiels au début et ensuite ça viendra avec le temps. On prend confiance, on commence à négocier, on voit que ça se passe bien la première fois, donc après on va encore plus négocier.
Et généralement, on voit à la Ligue, ceux qui sont au conseil syndical, ce sont des auteurs qui négocient et qui en plus de ça sont représentants syndicaux de la profession, et ils trouvent quand même du travail. Donc si eux trouvent du travail, vous inquiétez pas si vous négociez un peu ça se passera bien.
Et si ça se passe mal, c’est que malheureusement vous ne pouvez pas avoir confiance dans la personne qui sera en face de vous. Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux aller voir ailleurs ou ne pas publier ?
C’est vrai que c’est tentant pour des auteurs qui ont du mal à trouver une maison d’édition d’accepter des conditions qui ne leur plaisent pas trop parce qu’ils veulent absolument être publiés, mais des fois vaut mieux prendre plus son temps, trouver une maison d’édition qui correspond vraiment plutôt que de publier rapidement quelque chose qui ne vous conviendrait pas.
Margot : Surtout que des fois on vend ses droits pour 75 ans après sa mort, donc autant trouver quelqu’un avec qui ça se passe bien.
Jade : C’est ça.
Margot : Merci énormément Jade parce que vraiment je crois que c’est un des épisodes qui contient le plus d’infos en termes d’infos pures et dures.
C’est pour ça peut-être qu’il va être compliqué à absorber pour vous qui lisez cet épisode. Vous allez peut-être devoir y revenir plusieurs fois, faire des pauses, prendre des notes. Faites-le. Prenez ce temps, parce que je pense que même s’il est difficile, cet épisode est très important pour vous.
Encore une fois, si vous avez des questions, si vous êtes perdu, perplexe, si vous avez eu un peu peur à la lecture de cet épisode parce que les maths, la fiscalité, l’administration c’est pas votre truc, ce que je comprends tout à fait, demandez de l’aide.
C’est là où la Ligue je trouve est importante, et d’ailleurs on en parlait tout à l’heure, moi je vais aussi m’inscrire à la Charte, parce que je pense que c’est pas mal d’avoir les deux. Il y en a peut-être d’autres qui sont intéressants mais j’ai vu par exemple que quand on est charté on peut demander une rémunération minimale quand on en déplacement, ce genre de choses.
Il y a plein de choses qui peuvent être intéressantes dans les associations et dans les syndicats donc n’hésitez pas à aller regarder ce qu’ils font.
Merci beaucoup Jade pour toutes les infos.
Jade : Merci à toi. J’espère ne pas avoir donné de migraine généralisée ou des crises de panique. Le plus dur, c’est le premier pas, de mettre le nez dedans, mais ensuite, une fois qu’on s’est habitué, ça va aller.